En 2006, Ottawa voulait que l'armée afghane s'occupe de ses détenus
La Presse Canadienne Mar 11 20:25


Par Murray Brewster

LA PRESSE CANADIENNE

OTTAWA _ Les alliés de l'OTAN ont exercé des pressions sur le président afghan, Hamid Karzai, pour que celui-ci mette en place un cadre législatif séparé pour s'occuper des prisonniers capturés aux alentours de Kandahar à la fin de l'année 2006 mais ces efforts ont été vains.

C'est du moins ce que révèlent des documents internes du gouvernement canadien, où il est question de l'ancienne stratégie d'Ottawa dans ce dossier. A cette époque, la Croix-Rouge et d'autres groupes faisaient pression sur le gouvernement pour qu'il prenne davantage de responsabilités relativement à la capture de prisonniers talibans.

Les partis de l'opposition ont accusé le gouvernement conservateur d'avoir fermé les yeux sur les risques de tortures dans les prisons afghanes et ce, malgré les avertissements de ses propres fonctionnaires et des groupes de défense des droits humains.

Mais des documents non censurés montrés à La Presse Canadienne par deux sources confidentielles, allèguent que c'est en fait Ottawa qui faisait pression pour que le service de renseignement afghan ne soit plus responsable de ces prisonniers et que cette tâche soit plutôt confiée au ministère de la Défense de ce pays.

Selon cette idée, l'armée afghane aurait géré un centre de détention construit par les Etats-Unis et ce, au détriment de la Direction nationale de la sécurité (DNS) ou du service correctionnel du pays, qui est vacillant. L'armée est l'une des seules institutions dans ce pays _ où la corruption est monnaie courante _, qui est respectée.

La proposition, qui est datée du 4 décembre 2006, comprenait également une requête pour que l'Afghanistan mette sur pied un cadre juridique séparé pour les suspects terroristes similaire au système des tribunaux militaires américains.

Le ministre de la Défense du pays, le général Abdul Rahim Wardak, était quant à lui récalcitrant à l'idée de rendre les soldats afghans responsables des prisonniers, préférant se concentrer sur la transformation de son armée en force de combat.

La proposition aurait été rejetée en raison du fait que l'on insistait pour que le centre de détention soit sujet à un style de gouvernance semblable à celui des Américains qui considère ceux qui y séjournent comme une menace à la sécurité du pays.

Un câble du ministère des Affaires étrangères daté du 24 novembre 2006 démontre que la Croix-Rouge avait de sérieuses inquiétudes que Hamid Karzai adopte un décret à cet effet.

L'agence humanitaire a demandé au Canada de "s'engager davantage" et a insisté pour qu'une telle désignation à l'égard des prisonniers provienne d'une loi et non d'un décret.

Ainsi, à la suite du rejet de la proposition, Ottawa n'avait plus de solution concernant la gestion des prisonniers. C'est là que des responsables ont élaboré un plan pour que la commission indépendante des droits humains en Afghanistan devienne l'organisme en charge des détenus.

Mais le plan a rapidement tourné au vinaigre lorsque le service de renseignement afghan a empêché la commission d'inspecter les prisons.

Et c'est seulement lorsque des allégations de torture ont fait surface que le gouvernement conservateur est revenu sur sa décision et a décidé de surveiller lui-même les prisonniers.

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