Par Murray Brewster
LA PRESSE CANADIENNE
OTTAWA _ Les alliés de l'OTAN ont exercé des pressions sur le président
afghan, Hamid Karzai, pour que celui-ci mette en place un cadre législatif
séparé pour s'occuper des prisonniers capturés aux alentours de Kandahar à la
fin de l'année 2006 mais ces efforts ont été vains.
C'est du moins ce que révèlent des documents internes du gouvernement
canadien, où il est question de l'ancienne stratégie d'Ottawa dans ce
dossier. A cette époque, la Croix-Rouge et d'autres groupes faisaient
pression sur le gouvernement pour qu'il prenne davantage de responsabilités
relativement à la capture de prisonniers talibans.
Les partis de l'opposition ont accusé le gouvernement conservateur d'avoir
fermé les yeux sur les risques de tortures dans les prisons afghanes et ce,
malgré les avertissements de ses propres fonctionnaires et des groupes de
défense des droits humains.
Mais des documents non censurés montrés à La Presse Canadienne par deux
sources confidentielles, allèguent que c'est en fait Ottawa qui faisait
pression pour que le service de renseignement afghan ne soit plus responsable
de ces prisonniers et que cette tâche soit plutôt confiée au ministère de la
Défense de ce pays.
Selon cette idée, l'armée afghane aurait géré un centre de détention
construit par les Etats-Unis et ce, au détriment de la Direction nationale de
la sécurité (DNS) ou du service correctionnel du pays, qui est vacillant.
L'armée est l'une des seules institutions dans ce pays _ où la corruption est
monnaie courante _, qui est respectée.
La proposition, qui est datée du 4 décembre 2006, comprenait également une
requête pour que l'Afghanistan mette sur pied un cadre juridique séparé pour
les suspects terroristes similaire au système des tribunaux militaires
américains.
Le ministre de la Défense du pays, le général Abdul Rahim Wardak, était
quant à lui récalcitrant à l'idée de rendre les soldats afghans responsables
des prisonniers, préférant se concentrer sur la transformation de son armée
en force de combat.
La proposition aurait été rejetée en raison du fait que l'on insistait
pour que le centre de détention soit sujet à un style de gouvernance
semblable à celui des Américains qui considère ceux qui y séjournent comme
une menace à la sécurité du pays.
Un câble du ministère des Affaires étrangères daté du 24 novembre 2006
démontre que la Croix-Rouge avait de sérieuses inquiétudes que Hamid Karzai
adopte un décret à cet effet.
L'agence humanitaire a demandé au Canada de "s'engager davantage" et a
insisté pour qu'une telle désignation à l'égard des prisonniers provienne
d'une loi et non d'un décret.
Ainsi, à la suite du rejet de la proposition, Ottawa n'avait plus de
solution concernant la gestion des prisonniers. C'est là que des responsables
ont élaboré un plan pour que la commission indépendante des droits humains en
Afghanistan devienne l'organisme en charge des détenus.
Mais le plan a rapidement tourné au vinaigre lorsque le service de
renseignement afghan a empêché la commission d'inspecter les prisons.
Et c'est seulement lorsque des allégations de torture ont fait surface que
le gouvernement conservateur est revenu sur sa décision et a décidé de
surveiller lui-même les prisonniers.
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